Esprit et images de la Hongrie
Preface Alexandre de Lur-Saluces
Exrait du chapitre « Les larmes du soyeux », p.12
« Dans les caves, les barriques en enfilade déclinent cépages, assemblages et années. Dans des recoins cachés, reposent des bouteilles vieilles de plusieurs générations. Certaines n’ont ni étiquette, ni millésime. Mais inutile de poser la moindre question. Le vin parle tout seul : tellement soyeux, fondant, explosant d’arômes, d’un tel équilibre, d’une telle longueur en bouche, infinie, envahissante, que les larmes vous montent aux yeux. Assise à la lourde table en bois, mon regard s’égare. Où suis-je ? Que m’arrive-t-il ? De tels goûts existent-ils ? Est-ce un vin que je viens de boire ? C’est, peut-être, un assemblage. Qui sait ? Le chef de cave sait. Lui qui, pendant la longue période communiste, a mis de côté quelques fûts des meilleures années. Mais il ne dira rien. Par respect. Pour laisser parler les sens. Pour ne pas dévoiler son secret. »
Exrait du chapitre « De Budapest à Tokaj, voyage au pays d’un grand liquoreux », p. 30
« Le train arrive en gare de Szerencs, la porte du vignoble. Quatre dames d’un certain âge, coiffées de fichus à fleurs, s’installent dans le compartiment. Papotant jusqu’à Tokaj, elles sont sûrement venues pour les vendanges. Longtemps, on crut que le vin de Tokaj allait puiser l’or des profondeurs de la terre en y enfonçant ses racines. Le médecin et chimiste suisse Paracelse (1493-1541) semble en avoir attesté, suite à une visite dans la région en 1524. Il disait en substance : « Alors que je me promenais dans le nord de la Hongrie, dans la région de Tokay, mon hôte me montra une tige de vigne fendue en deux où s’effilochaient des fils d’or pareils à ceux que l’on utilise pour filer. » Parole de savant ou sensation magique provoquée par quelques verres ? Je les imaginais, alors, ces grands-mères, tissant un fil d’or. »
Photos from Patrick Cronenberger (www.winephotos.com)
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